Animation nationale du réseau : Derrière le titre de « Générateur », il y a une structure porteuse solide et votre propre parcours. Comment votre expérience et l’ancrage de votre structure se traduisent-ils concrètement en confiance et en sécurité pour les élus qui doivent prendre des décisions engageantes ?
Arnaud THEVENIER : En région Bourgogne-Franche-Comté, le dispositif Les Générateurs est porté par l’alliance des 8 Syndicats départementaux d’énergies (SDEY, SICECO, SIEEEN, SIDEC du Jura, SIED 70, SYDED, SYDESL, Territoire d’Energie 90) et co-financé par l’ADEME.
Les syndicats sont une émanation historique des communes. Depuis plusieurs décennies souvent, un lien de confiance s’est instauré sur différentes compétences et missions qui ont été confiées aux syndicats. Ils sont au service des collectivités et intercommunalités membres (mutualisation de moyens et de compétences).
Le dispositif Les Générateurs complète les expertises d’ores et déjà apportées dans le domaine des énergies renouvelables, en particulier sur la question du partage de la gouvernance et de la valeur des projets avec les collectivités d’implantation.
Pour ma part, je suis basé au SIDEC du Jura à Lons-le-Saunier et interviens en région, plus spécialement dans les départements du Jura, de la Côte-d’Or, de la Nièvre et de la Saône-et-Loire.
Je suis en activité depuis 3 ans. Après une nécessaire acculturation-formation au sujet des énergies renouvelables (EnR) suite à la prise de poste, je valorise les compétences que j’ai acquises précédemment dans les domaines de l’agriculture et de l’aménagement du territoire, qui me permettent de bien appréhender les enjeux des projets agrivoltaïques notamment.
Je valorise également les capacités à mettre les différents acteurs autour d’une table pour se parler, la concertation étant probablement la principale clé du succès d’un projet, en tout cas celui qui permet sa meilleure acceptation et le rend exemplaire (voir notre webinaire sur le sujet).
La confiance avec les élu(e)s que nous accompagnons se construit dans le temps.
A l’occasion des premiers échanges, l’élu(e) nous partage son contexte, sa vision, ses objectifs, ses questionnements, nous ouvre les portes pour rencontrer l’équipe municipale, nous communique des documents relatifs au projet (projet de convention, …) pour analyse, s’appuie sur nos conseils pour initier et porter le projet, … Le fait que nous allions sur place à leur rencontre, afin notamment d’appréhender le contexte du projet et physiquement le site de projet et son environnement, … permet d’établir une relation de proximité qui est très appréciée.
Pour un élu, un projet de transition est souvent synonyme de complexité réglementaire et d’incertitude financière. Si vous ne deviez retenir qu’une chose, quel est votre rôle n°1 face à la collectivité : simplifier radicalement la réglementation pour eux, ou leur apporter une vision stratégique qu’ils n’ont pas en interne ? Donnez-moi un exemple concret de frein que vous avez pu lever.
La pédagogie est en effet un élément important de notre action.
Notre rôle principal est d’apporter les clés de compréhension des filières EnR, les principales étapes d’émergence et structuration d’un projet ainsi que de présenter les options de portage d’un projet EnR qui s’offrent à la collectivité. Ce sont des éléments d’éclaircissement impératifs pour permettre à la collectivité de se projeter, de construire et se donner une vision stratégique (en fonction de ses capacités humaines comme financières notamment).
La complexité réglementaire et les incertitudes financières feront partie du chemin à parcourir ensuite … Pour tenir un cap, il est important de préciser au préalable le sens donné à l’action en intégrant les enjeux de son territoire. C’est ensuite, dans la mise en œuvre opérationnelle du projet qu’il convient de savoir mobiliser les bonnes ressources au bon moment pour traiter les questions réglementaires et financières.
A titre d’exemple, je pense à une intercommunalité rurale : lors des premières rencontres, je comprends que, pour les élus, la réalisation des projets photovoltaïques sur les bâtiments et parkings de la collectivité n’est possible que via l’intermédiaire de tiers-investisseurs.
Ils évoquaient des contraintes budgétaires, s’interrogeaient sur la réalité de la rentabilité des installations, … beaucoup de freins.
Et pourtant, l’accompagnement, auprès de sa chargée de mission PCAET volontaire, puis du comité de pilotage inter-directions (2 séances de travail), et enfin une rencontre avec l’exécutif, ont permis de lever les a priori et d’engager la collectivité dans l’élaboration d’une stratégie de solarisation de son patrimoine.
L’appui, en étroite collaboration avec les services, a contribué à donner de la lisibilité sur le champ des possibles, ouvrir la réflexion sur l’autoconsommation et les réalités économiques ; et enfin permettre à la chargée de mission d’être pleinement force de proposition.
La stratégie de la collectivité s’oriente désormais sur une opération d’autoconsommation patrimoniale (installation photovoltaïque en maîtrise d’ouvrage) pour partie et une grappe d’autres sites avec recherche de tiers investisseurs via un AMI qui sera lancé. Le travail en équipe avec la collectivité a favorisé l’émergence de solutions concrètes dans son intérêt.
Décrivez-moi votre journée ou semaine type. Quel est l’équilibre entre le travail de veille stratégique (recherche de bonnes pratiques, réglementation, veille, etc.) et le travail de terrain (rencontre avec les élus et les équipes techniques) ? Quel lieu (votre bureau, le terrain, le site du client) est le plus propice aux déblocages de situation ?
Une semaine type, c’est une combinaison de différentes actions plus ou moins régulières !
Parmi elles, il y a principalement :
- Une première prise de contact à l’initiative d’un élu d’une commune : il s’agit très souvent d’un appel téléphonique du maire ou de l’adjoint en charge du projet. C’est un temps d’écoute de leurs préoccupations, demandes, objectifs … Il permet également de clarifier une série de sujets et à appréhender les enjeux. L’échange débouche sur la définition de premières étapes à conduire ensemble : partage de documents, planification d’un temps d’échange plus approfondi, visite de site, …
- Des temps de travaux sur des accompagnements en cours : analyse de documents contractuels soumis par un développeur à la collectivité avec recommandations & points de vigilance à avoir, visite de sites, apport d’éléments de réponse techniques aux questionnements de l’élu à la suite d’une précédente intervention, préparation d’une intervention de conseil sur un projet en émergence, …
- Le suivi régulier des actualités dans le domaine des EnR : parcours des titres de plusieurs newsletters spécialisées.
- Le reporting des éléments d’activité d’accompagnement dans les outils de suivi.
- L’approfondissement d’un sujet technique par la consultation de sites Internet spécialisés, la lecture de document ressources, la consultation de collègues ou autres experts, etc.
- La contribution à une démarche collective comme l’organisation d’un atelier thématique lors d’un séminaire régional à destination des collectivités locales ou la participation à des travaux multi-acteurs de création d’une charte nationale de bonnes pratiques ou le suivi de la réalisation d’une étude nationale sur un sujet spécifique ou encore la réalisation d’une intervention dans une instance départementale, etc.
- La promotion du dispositif Les Générateurs, sous différentes formes, en fonction des opportunités de l’activité : diffusion de notre guide à destination des élu(e)s publié en septembre 2025 « 20 conseils pour mettre à disposition le foncier public pour les énergies renouvelables » lors d’un rendez-vous en commune, tenue d’un stand sur un événement (forum de l’ingénierie, salon des maires, …), présentation du dispositif dans une réunion territoriale (à la demande d’un EPCI ou PETR par exemple ou des services de l’Etat en département), etc.
Lorsque vous prenez en charge un nouveau projet, quelle est votre première action pour comprendre les besoins et les freins de la collectivité ? Parlez-moi d’une situation où l’immersion sur le terrain vous a permis de déceler un problème que la collectivité n’avait pas identifié au départ.
Bien souvent, lorsque nous sommes contactés par un élu ou les services, la collectivité a été d’ores-et-déjà sollicitée au préalable par un développeur. Elle s’adresse à nous, ne sachant pas quelle suite donner et/ou comment s’y prendre (voir notre webinaire sur le sujet “Comment dialoguer avec un développeur?”).
Première action, l’écoute et le questionnement de mon interlocuteur :
- avoir l’historique de la genèse du projet,
- comprendre les objectifs de la collectivité,
- faire préciser ses attentes par rapport à notre appui Les Générateurs,
- sa vision du projet,
- le rôle que la collectivité entend jouer,
- Etc.
S’appuyer sur l’expertise et la connaissance de mon interlocuteur est nécessaire pour bien appréhender le contexte du territoire.
Autre point d’importance : s’assurer que l’élu qui nous contacte ne sera pas seul lors de notre rencontre et visite de site. Cela implique qu’il associe d’autres membres de l’équipe municipale.
Sur ces sujets nouveaux d’EnR, complexes du fait des multiples enjeux, la présence de plusieurs personnes permet plus d’interactions et une meilleure compréhension globale du sujet par l’équipe municipale.
Elle ouvre la porte à des échanges entre les membres du conseil après notre rencontre, soulève d’autres questionnements et nouvelles réponses de notre part … Ce processus itératif favorise la montée en compétence de l’équipe municipale en s’appuyant sur leurs attentes et motivations.
Viendra ensuite, bien souvent à la suite de la visite terrain, un temps de questionnement de ma part plus approfondi et une série de conseils afin de :
- Amener l’élu à prendre de la hauteur par rapport à la situation (ne pas céder aux relances du développeur pour signer vite un engagement par exemple),
- Bien faire émerger les enjeux de la collectivité si cela n’a pas été fait,
- Donner de la lisibilité sur le processus (prochaines étapes, etc.).
Je me souviens d’une visite terrain où j’ai souhaité parcourir un peu précisément le site d’environ 2 ha. La commune avait une sollicitation d’un développeur avec un plan de calepinage précis mais théorique. Toute la parcelle était couverte de panneaux solaires.
La photo aérienne mettait en évidence des zones de friches et une surface plane. Le maire était très motivé par l’installation d’une centrale photovoltaïque au sol (ancienne décharge) pour mettre fin notamment à des pratiques de dépôts sauvages de déchets sur le site.
Le parcours du terrain a permis de visualiser l’ampleur de la hauteur des talus de la décharge, découvrir une topographie par endroits très accidentée ; et conclure à la non-faisabilité d’une installation photovoltaïque au sol à la grande déception du maire. La présence de ses adjoints a aidé à cette prise de conscience.
Notre accompagnement a permis à l’équipe municipale de se projeter sur la réalisation d’un projet photovoltaïque sur un autre patrimoine de la commune, plus adapté.
Comment le fait d’échanger avec vos pairs vous permet-il d’intégrer les meilleures pratiques nationales et d’éviter à votre collectivité de reproduire des erreurs déjà commises ailleurs ? Avez-vous un exemple récent d’une bonne idée partagée que vous avez pu déployer sur votre territoire ?
Les échanges entre pairs me permettent une prise de recul par rapport à des situations d’accompagnements. Ils enrichissent également nos recherches de solutions adaptées au contexte de la collectivité qui nous sollicite.
Je pense à un projet agrivoltaïque où les agriculteurs demandaient un référendum aux élus de la commune avant le lancement des études pour préciser la faisabilité. La réunion d’information d’ores-et-déjà réalisée auprès des habitants n’étant pas suffisante à leur sens.
A l’occasion des rencontres nationales Les Générateurs 2025, j’ai pris contact avec des personnes ressources qui intervenaient et d’autres collègues. J’ai pu identifier d’autres pistes de concertation avec la population locale sans passer par un référendum. Ce qui a été mis en œuvre par la commune via une seconde réunion avec les habitants en utilisant de nouvelles techniques d’animation.
J’ai également organisé un témoignage de maire accompagné par un autre collègue. Cela a permis d’enrichir les réflexions de la commune que j’accompagne. Le thème concernait l’implication de la collectivité dans la gouvernance d’un projet (voir notre webinaire sur le sujet : “Le rôle des collectivités dans le montage de projets énergies renouvelables”).
En conclusion, quel est le sentiment le plus gratifiant que vous ressentez lorsque le projet sort de terre ? Pour un élu qui hésite entre faire cavalier seul et se faire accompagner par Les Générateurs, quel est le bénéfice le plus rapide et le plus tangible que vous lui garantissez ?
Le processus d’émergence, de développement puis la construction d’un projet d’EnR (solaire au sol, agriPV ou éolien) est long. Les équilibres entre tous les enjeux se construisent avec le temps.
Dans ce contexte, le sentiment le plus gratifiant pour moi est de constater une mobilisation de l’équipe municipale en faveur du projet (qui montre que la démarche est partagée et souhaitée localement), mais aussi une montée en compétence des acteurs locaux pour faire valoir les enjeux de leur territoire, ou encore la signature d’un accord équilibré entre la collectivité et le développeur.
C’est aussi de voir, je pense à un cas précis, l’évolution du positionnement d’un maire qui se prend au jeu d’entrer dans la gouvernance, de soutenir le développement du projet pour son aboutissement et de décider de se représenter aux élections municipales pour aller au bout de la démarche de montage et concrétisation du projet.
L’accompagnement neutre et gratuit des Générateurs permet de donner à la collectivité les champs des possibles en matière de portage du projet notamment, de mettre en évidence les enjeux territoriaux ainsi que les points de vigilance à avoir et, très important, de faire valoir ses intérêts dans la négociation avec le développeur par exemple (en savoir plus sur le réseau Les Générateurs).
Envie d’aller plus loin ?
La chaine YouTube des Générateurs ADEME regorge de ressources intéressantes pour aiguiller votre stratégie énergétique : webinaires, présentation de réseaux, retours projets, etc.
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