Animation nationale du réseau : Derrière le titre de « Générateur », il y a une structure porteuse solide et votre propre parcours. Comment votre expérience passée et l’ancrage de votre structure se traduisent-ils concrètement en confiance et en sécurité pour les élus qui doivent prendre des décisions engageantes ?
Laurent Baudron : Au mois d’avril 2021, le ministère de la Transition écologique et l’ADEME ont lancé un appel à manifestation d’intérêt pour la « Mise en place de réseaux régionaux de conseillers à destination des collectivités de l’échelon communal pour le développement de projets éoliens et photovoltaïques ».
En région Occitanie, le réseau Les Générateurs prend la forme d’un accord de partenariat entre ces différentes parties prenantes – l’ADEME, la Région Occitanie – et les structures porteuses de conseillers :
- L’Agence régionale énergie-climat (AREC Occitanie), qui assure la coordination régionale ;
- L’association régionale « Énergie coopérative locale renouvelable » (ECLR) qui regroupe de nombreuses coopératives citoyennes locales de production d’énergies renouvelables.
- L’Entente « Territoire d’Énergie Occitanie » qui rassemble les 13 syndicats d’énergie départementaux, sous la coordination du Syndicat Départemental de l’Aude, le SYADEN et l’implication directe des syndicats du Lot (TE 46), des Hautes-Pyrénées (SYDEEL 66) et du Tarn (TE 81) ;
Pour ma part, je représente le SYADEN qui accompagne les élus audois depuis bientôt 10 ans sur les questions d’énergies renouvelables électriques.
Ce syndicat est membre du Pôle ENR et de la CDPENAF de l’Aude. Nous sommes aujourd’hui très bien identifiés par les acteurs du secteur (services de l’Etat, collectivités, développeurs, chambre d’agriculture, gestionnaires de réseau…).
En tant que structure publique, nous avons à cœur de répondre aux préoccupations des collectivités du département, quels que soient les questions qu’elles se posent ou le projet qu’elles souhaitent voir aboutir.
En ce moment, beaucoup d’élus nous contactent pour avoir des éclairages sur l’articulation qui s’opère entre les zones d’accélération et le futur document-cadre. Ils nous posent également des questions sur le financement de leur projet (“mon projet peut-il bénéficier de subvention ?”, “pensez-vous que mon projet pourrait intéresser un investisseur privé ?”).
Certains élus voient également dans l’ouverture du capital des sociétés de projet, voire l’autoconsommation collective, une manière d’emporter l’adhésion du plus grand nombre vis-à-vis du projet par une meilleure répartition de la valeur localement. Dans ces cas-là, ils font appel à nous pour discuter avec les porteurs de projets privés.
Pour un élu, un projet d’énergies renouvelables est souvent synonyme de complexité réglementaire et d’incertitude financière. Quel est votre rôle principal face à la collectivité : clarifier et simplifier la réglementation pour eux, ou apporter une vision stratégique sur leur investissement ? Avez-vous un exemple concret de frein que vous avez pu lever ?
Face à la multiplication des directives, les élus expriment un besoin de clarification pour faire avancer leurs projets : d’un côté, l’Etat veut insuffler une « accélération » dans le développement des projets d’énergies renouvelables, il veut donner la main aux collectivités locales à travers les zones d’accélération ZAENR ; et de l’autre, il ajoute une couche supplémentaire pour les projets solaires au sol, opposable cette fois-ci, avec l’arrivée du document-cadre qui balaie tout le travail de concertation qu’ils ont opéré sur le terrain pour définir leur ZAENR car, bien souvent, les deux zonages ne se chevauchent pas.
Avec l’arrivée du document-cadre, mon rôle est d’expliquer l’articulation de toutes ces réglementations et de rappeler que les élus doivent garder le cap. Même si la procédure de création de ZAENR est aujourd’hui clôturée, je rappelle que créer une ZAENR reste une manière d’orienter les porteurs de projets vers une zone précise, et pas à l’autre coin de la commune. En donnant une procédure précise, des modèles de délibération et de dossier de consultation, j’accompagne et je rassure les communes.
Parallèlement, le Document-cadre instaurant des règles précises sur les opportunités de développer des projets solaires au sol classique et des projets agrivoltaïques, mon rôle est aussi d’expliquer ce qu’est un projet agrivoltaïque, les différentes formes qu’il peut prendre sur leur territoire (sur vigne, pâturage ovin…).
Décrivez votre journée ou semaine type. Quel est l’équilibre entre le travail de veille stratégique (recherche de bonnes pratiques, réglementation, veille, etc.) et le travail de terrain (rencontre avec les élus et les équipes techniques) ? Quel lieu (votre bureau, le terrain, le site du client) est le plus propice aux déblocages de situation ?
En tant que conseiller, mon rôle est avant tout de l’appui sur les missions que le SYADEN suit dans le cadre des Générateurs Occitanie.
Je me place souvent comme relecteur des documents qui seront ensuite transmis aux élus, et j’accompagne régulièrement les chefs de projet sur le terrain s’ils estiment nécessaire d’être à plusieurs.
En tant que responsable de service au SYADEN, je suis moins sur le terrain que les chefs de projets qui eux suivent au quotidien leur projet. Pour autant, je mets mon travail et mes compétences au service du réseau, à travers par exemple ma participation au Pôle ENR et au CDPENAF 11, avec une fréquence d’une session par mois (voir plus bas les réflexions sur le partage de la valeur par exemple).
J’ai entamé par ailleurs un travail d’appropriation et de retour d’expérience sur l’agrivoltaïsme auprès de différents acteurs (INRAE, FNO, chambres d’agriculture…) afin de connaitre l’état de la connaissance qu’ils ont sur cette technologie, et ainsi recouper les informations que nous donnent les porteurs de projets.
Lorsque vous prenez en charge un nouveau projet, quelle est votre première action pour comprendre les besoins et les freins de la collectivité ? Citez une situation où l’immersion sur le terrain vous a permis de déceler un problème que la collectivité n’avait pas identifié au départ.
Il arrive régulièrement que des élus, sollicités par un développeur, nous demande notre avis sur un projet spécifique.
Bien souvent, les propriétaires des terrains sont privés et le projet est, au moins au départ, une opportunité qu’a capté le développeur en maitrisant un peu de foncier.
Dans ce cas, j’alerte systématiquement les élus sur deux aspects :
- Il est nécessaire que les élus prennent de la hauteur en ayant une vision globale du potentiel sur leur territoire. De cette manière, ils seront plus à même d’apporter des arguments auprès du développeur et du propriétaire foncier sur leur décision d’apporter leur soutien ou non au projet. Et surtout, ils auront les arguments d’apporter leur soutien ou non à d’éventuels nouveaux projets, et de répondre avec pédagogie à d’autres sollicitations.
- En étant membre du Pôle ENR et de la CDPENAF, le SYADEN a des relations privilégiées avec les autres membres de ces instances et peut anticiper d’éventuels écueils. Par exemple, le partage de la valeur et la dimension collective du projet sont des sujets régulièrement débattus : un projet qui va faire intervenir plusieurs propriétaires et/ou exploitant agricole est souvent mieux perçu qu’un projet avec un seul propriétaire foncier concerné. J’alerte très souvent les élus sur ce point précis.
Comment le fait d’échanger avec vos pairs vous permet-il d’intégrer les meilleures pratiques nationales et d’éviter à votre collectivité de reproduire des erreurs déjà commises ailleurs ? Avez-vous un exemple récent d’une bonne idée partagée que vous avez pu déployer sur votre territoire ?
Je peux faire référence ici à une fausse bonne idée, celle de réaliser des AMI multi toitures.
En faisant cela, des élus espèrent attirer des développeurs capables de prendre en charge l’intégralité des travaux de remise à niveau et de renforcement. Or la réalité est tout autre puisque les développeurs ne répondent qu’aux AMI les plus sécurisants pour eux, c’est-à-dire des toitures importantes et « PV ready ».
Des conseillers Générateurs dans d’autres régions ont cette expérience pratico-pratique depuis longtemps, et leur témoignage m’a été précieux pour certaines sollicitations d’élus qui pensaient faire cela.
Autre sujet dont nous avons discuté avec d’autres conseillers du réseau, ce sont les niveaux de loyers pour les projets éoliens. On voit la dynamique et on peut comparer les pratiques dans les régions.
En conclusion, quel est le sentiment le plus gratifiant que vous ressentez lorsque le projet sort de terre ? Pour un élu qui hésite entre faire cavalier seul et se faire accompagner par Les Générateurs, quel est le bénéfice le plus rapide et le plus tangible que vous lui garantissez ?
Réaliser un projet solaire au sol, même petit, prend du temps.
De l’émergence, à la construction, en passant par le développement et le financement, ce sont plusieurs années nécessaires avant la réalisation. Et une des difficultés que rencontrent les élus, c’est que la durée des mandats peut être insuffisante pour faire éclore les projets. En faisant appel au réseau Les Générateurs de l’ADEME, ils ont la garantie d’être accompagnés jusqu’au bout.
Un autre point que je peux donner ici, c’est que les élus ont tendance à ne pas négocier avec les développeurs les loyers, les redevances, les indemnités d’immobilisation, les mesures compensatoires… En étant accompagnés par les Générateurs, ils peuvent le faire en toute tranquillité en étant certains d’être « dans le marché ».
Dans un registre similaire, la relecture complète des promesses de baux est aussi très appréciée des élus pour s’assurer de ce qu’ils signent.
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